• Raphaël Champeimont

Road Trip Japon 2019 - Partie 2

Updated: Feb 8, 2021

Et voilà la suite de notre road trip où notre objectif est de parcourir le Japon du nord au sud. Je vous conseille de lire d’abord la partie 1 pour ceux qui ne l’ont pas déjà lue.


See also: English translation


La préfecture de Fukushima (福島県) - suite

Nous arrivons en début d’après-midi à notre destination, les grottes d’Abukuma (あぶくま洞). Ces grottes sont magnifiques, même si les photos rendent mal à cause d’un problèmes de couleurs (toutes les photos sont vertes et j’ai tenté de rectifier ça pour la photo ci-dessous).



Je vais profiter de cette photo pour vous parler des katakanas. En japonais, il y a cinq alphabets différents :

  • Les rōmaji, c'est notre alphabet occidental, utilisés pour les noms de marques principalement.

  • Les chiffres arabes utilisés pour la plupart des nombres, qui sont différents des chiffres japonais écrits en kanjis parfois utilisés pour les nombres simples.

  • Les kanjis, qui représentent des mots entiers et sont compliqués à maîtriser. Il y en a des dizaines de milliers. Un adulte en connaît entre 4000 et 5000.

  • Les hiraganas, qui représentent des syllabes et sont en nombre bien plus limité, autour d’une cinquantaine. Ils sont utilisés pour écrire certains mots japonais ainsi que des mots de liaison.

  • Les katakanas, qui représentent aussi des syllabes et fonctionnent comme les hiraganas mais sont exclusivement utilisés pour écrire des mots empruntés de langues étrangères. Chaque katakana a son équivalent en hiragana et réciproquement.

Les katakanas sont particulièrement intéressants à apprendre pour les occidentaux, car les japonais utilisent beaucoup de mots anglais qui ont ensuite été intégrés au japonais en étant déformés, et on peut souvent comprendre le mot anglais d’origine. L'équivalent en français serait des mots comme "chewing-gum", "roller" ou "skateboard" qui sont des mots anglais intégrés dans notre langue.


Par exemple ici, sur la photo plus haut on voit un panneau à droite avec écrit クリスマスツリー. Si on traduit chacun des katakanas cela donne : ku-ri-su-ma-su-tsu-ri (le ー signifie que le “i” final est long). Il s’agit en fait du mot “christmas tree” modifié pour ajouter des “u” (prononcé “ou”) là où il y a deux consonnes successives, car c’est difficile à prononcer pour les japonais. Ce n’est pas l’exemple le plus simple, mais je vais en citer d’autres plus simples dans la suite.


Après la visite, nous dormons à Kōriyama (郡山市) où de jolis petits origamis décorent le lit.


Admirons le pragmatisme de cette salle de bains où le robinet du lavabo sert aussi à remplir la baignoire.


Par curiosité, je regarde les livres présents dans la commode et je tombe sur ce livre : “Histoire moderne théorique IV - La vraie histoire du Japon”. Intrigué, je lis quelques passages et je découvre qu’il s’agit de théories conspirationnistes à propos du rôle des États-Unis pendant la Seconde guerre mondiale.

En me renseignant un peu plus, je découvre qu’il s’agit en fait d’un livre écrit par le président de la chaîne d'hôtels “APA Hotels” et que toutes les chambres d’hôtels de cette chaîne disposent d’un exemplaire. Le point de vue développé va jusqu’à nier les crimes de guerre perpétrés par l’armée japonaise en Chine. Il s’agit d’un des rares côtés négatifs dans la culture du Japon, qui n’est heureusement pas partagé par toute la population. L’empereur lui-même a d’ailleurs reconnu ces crimes de guerre et présenté des excuses.


En route vers les montagnes

Le lendemain, nous visitons une distillerie qui fait du saké :


Puis nous voilà repartis sur la route, et la neige est de retour. À une aire d’autoroute, la sortie est obligatoire et des employés du gouvernement vérifient que les voitures ont des pneus neige. Celles qui n’en sont pas pourvues sont obligées de quitter l’autoroute. Heureusement, nous avons des pneus neige sur la voiture de location, sur recommandation de la société de location. Nous pouvons donc continuer sur la route.


Nous arrivons finalement à Nagano (ouf !) et nous logeons chez l’habitant. La maison n’a pas le chauffage central mais dispose d'une grande salle de bains avec une douche et une grande baignoire. Traditionnellement, on se douche d’abord pour se laver avant d’aller se détendre dans la baignoire. Bien que la chambre ne soit pas chauffée pendant la nuit, nous n’avons pas froid car les couvertures sont chauffantes.

La chambre où nous avons logé chez l’habitant. Les fils électriques que l'on voit servent à alimenter les couvertures chauffantes.

Cette maison est tenue par un couple de chinois venus s'installer au Japon. Les tentatives de discussion au petit déjeuner avant notre départ entre ma femme, qui parle un peu japonais, et eux, qui le parlent également assez mal, était plutôt compliquées.


Le lendemain, toute la neige a fondu et nous en profitons pour faire un tour au zoo de la ville. Le zoo est en fait assez grand et nous sommes agréablement surpris. Je pense que vous l’avez compris maintenant, nous sommes “hors saison” et il n’y a qu’une dizaine de visiteurs dans le zoo, exclusivement des locaux.

Au zoo de Nagano (Chausuyama zoo)

Puis nous redescendons dans la vallée.


Le “love hotel”

Sur notre trajet nous décidons de passer la nuit dans un “love hotel”. Il s’agit d’un hôtel qui peut être loué à l’heure, typique du Japon, généralement pour les couples qui veulent passer un petit moment coquin en journée. Mais en l’occurrence on peut aussi y passer la nuit et le prix est très compétitif par rapport à un hôtel “classique”. Nous arrivons donc à l’hôtel et entrons par l’entrée de garage prévue. Le rez-de-chaussée ressemble à un motel avec des voitures et des portes de chambre devant chaque voiture, avec une décoration festive sur un thème romantique. Nous faisons le tour pour trouver la réception mais pas moyen de la trouver, le lieu est désert et il n’y a que les portes des chambres.


Nous finissons par appeler le numéro de téléphone de l’hôtel (heureusement que ma femme parle japonais) et la personne de l’accueil nous dit qu’elle va venir nous chercher. Et là nous la voyons sortir d’une des portes “des chambres”. Elle nous dit de la suivre et nous comprenons que tout ce rez-de-chaussée n’est en fait qu’un décor et que toutes les portes donnent sur le même couloir, qui donne sur un escalier, permettant de monter à l’étage où se trouve le vrai hôtel.


La chambre en elle-même est luxueuse dans un style assez exubérant, avec fauteuil de massage, karaoke, machine à sous, et une baignoire jacuzzi en forme de cœur avec un écran de télévision waterproof. La chambre étant payée à l'heure, elle contient tout le confort pour donner envie aux couples d’y passer encore plus de temps avant de passer à la caisse. Dans notre cas, c'était du luxe "gratuit" vu que la chambre avait été payée pour la nuit.


Au vu de la nature de la chambre d'hôtel, il se trouve également à l'intérieur un distributeur payant d'objets coquins pour adultes, ainsi que des catalogues de vêtements qui ne tiennent pas très chaud qu'on peut acheter.

Un autre particularité est qu’il faut demander pour pouvoir sortir car la porte est verrouillée par un mécanisme électronique, nous devons donc appeler la réception pour sortir, et retourner à l'accueil pour demander de nous rouvrir la chambre pour y retourner après nos achats. Pour garantir l'anonymat des clients, la réceptionniste a d'ailleurs son visage caché par un rideau lors du paiement, assez étonnant !


Le musée Meiji Mura (博物館明治村)

Le lendemain, nous allons visiter un musée en plein air dans lequel des centaines de constructions de différentes époques ont été démontées puis remontées sur place. Cela évite notamment aux vieux bâtiments sur des zones inondables ou sismiques d’être détruits, car la zone de reconstruction est plus sécurisée.









Le sud du Honshu

Nous reprenons ensuite notre route vers le sud. Le climat est ici plus clément et nous visitons un temple où les cerisiers sont en fleurs (enfin !). Nous sommes venus au Japon en avril dans ce but, en plus de profiter d'une saison moins chargée en touristes. Pour le moment nous n'avons vu que de la neige, mais plus nous descendons vers le sud plus la météo se réchauffe.


De petits panneaux de bois avec des prières ont été accrochés par les personnes venues au temple. De nombreuses grues en origamis ont été accrochées pour remercier les dieux d’avoir exaucé un vœu fait après avoir confectionné 1000 grues en origamis.


L’île de Kyushu (九州)

Notre voyage finit par nous amener sur l’île de Kyushu, la grande île formant la partie sud du Japon. Ici, il fait bien plus chaud (autour de 20°C) et nous visitons un magnifique parc.







Nous repartons du parc et nous passons près de cette étrange station service. Au Japon, on est presque toujours servi par un ou plusieurs pompistes qui nettoient les pare-brises et les rétroviseurs et passent souvent aux passagers des petits chiffons pour nettoyer l’habitacle. Le service à la japonaise quoi.


Les noms des carburants sont des mots anglais transformés en japonais, écrits avec les fameux katakanas. On peut ainsi comprendre les mots sur les panneaux. Sur fond rouge il est écrit レギュラー qui est composé des syllabes re-gyu-ra (le ー indique que la dernière syllabe est longue, “ra” et “la” se prononcent pareil), qui est une déformation du mot “regular”, qui est de l’essence sans plomb avec un indice d’octane normal (minimum 90 au Japon). Sur fond vert on peut lire ハイオク, qui se lit ha-i-o-ku, qui est une déformation de “high octane”, soit de l’essence avec un indice d’octane élevé (96 ou +).


Le soir, nous logeons dans un hôtel dont la particularité est d’avoir la baignoire sur le balcon :



En route vers Kagoshima

Sur la route vers Kagoshima, nous nous arrêtons dans une ville pour manger. Nous tombons par hasard sur un orchestre qui joue dans la rue. Nous supposons qu'il s’agit d’étudiants d’une école. On peut voir ce poster à côté où des enfants ont dessiné le premier ministre qui annonce l’ère Reiwa (voir la partie 1 de notre aventure).


Un restaurant spécialisé dans la viande de bœuf. Il est écrit ステーキ qui se lit su-te-ki et qui est un déformation de “steak”.

Nous repartons sur la route pour visiter un musée du train qui se trouve être un musée de la déception de par sa taille ridicule. Mais nous n'abandonnons pas l'idée de trouver quelque chose d'intéressant à voir et nous nous arrêtons à un temple qui a un magnifique jardin.


L’arrivée à Kagoshima (鹿児島市)

Nous arrivons enfin à Kagoshima, l’étape ultime de notre voyage. Le climat est assez différent comme le montrent les nombreux palmiers. Nous avons même utilisé la climatisation dans la voiture pour la première fois.


La pointe sud du Japon
Au total, durant ce long périple du nord au sud, nous avons fait 3000 km.
L’aéroport de Kagoshima

Conclusion

C’est l’un des meilleurs voyages que nous ayons fait de notre vie. Nous n’avons aucun regret et avons encore plus apprécié le Japon que la première fois que nous sommes venus. C’est un voyage dépaysant à faire, et la civilisation japonaise a beaucoup à nous apprendre selon moi.


Quelques conseils

Je terminerai par quelques conseils si vous voulez visiter le Japon :

  • Retirez beaucoup d’espèces au distributeur, car vous en aurez besoin tout le temps. Cela ne présente pas de risques d’avoir une grosse somme sur soi car les vols sont très rares. Les distributeurs des FamilyMart sont compatibles avec les cartes Visa/Mastercard.

  • Les magasins comme Lawson ou FamilyMart sont très pratiques pour acheter un petit déjeuner ou un dîner économique. Ils sont ouverts 24h/24.

  • Ne donnez jamais de pourboire, ça ne se fait pas au Japon et c'est même insultant.

  • Ne vous mouchez pas en public, par contre vous avez le droit de renifler autant que vous voulez.

  • Les japonais, surtout dans les campagnes, ne parlent pas un mot d'anglais mais seront très enthousiastes pour vous faire deviner avec des gestes ce qu'ils veulent vous faire comprendre.

  • Pour cette même raison, apprenez par cœur les quelques politesses en japonais de base, ils seront ravis de vous entendre parler un peu leur langue !

  • Prenez un dictionnaire sur vous avec les expressions et questions courantes, ou sinon utilisez des logiciels de traduction avec la prononciation affichée pour communiquer.

Et spécifiquement si vous voulez louer une voiture :

  • Faites traduire votre permis en japonais plusieurs mois avant de partir. Nous avons utilisé ce site.

  • À part la traduction du permis, la location de voiture ne présente aucune difficulté particulière. Nous avons utilisé la société “Toyota Rent a Car” qui est un des services de location de voitures les plus utilisés au Japon.

  • Choisissez une petite voiture si vous comptez vous aventurer dans les rues de Tokyo.

  • Prenez des espèces avant de prendre l’autoroute pour payer le péage.

  • On roule à gauche au Japon, mais en réalité il est facile de s’y habituer, surtout avec une boîte de vitesses automatique (sur toutes les voitures au Japon, comme aux États-Unis).

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