Mon plus grand regret de transition
- River Champeimont
- Jun 24, 2025
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Updated: Jul 26

Je n’ai pas beaucoup de regrets concernant ma transition, sauf un point bien précis lié à mon changement de nom légal.
Des changements irréversibles
J’ai fait beaucoup de choix irréversibles au cours de ma transition, certains petits, d’autres beaucoup plus importants. Étrangement, le tout premier remonte à bien avant le début de ma transition « officielle ». J’ai fait des dizaines de séances d’épilation laser sur les jambes et le torse en France, des années avant de soupçonner que j’étais trans. Je « sentais » simplement que je voulais que mon corps paraisse moins masculin. L’épilation des jambes a été un énorme succès (elles sont toutes douces aujourd’hui), tandis que les poils du torse ont repoussé… avant de disparaître avec le traitement hormonal.
Au passage, je sais bien que les femmes cis ont elles aussi des poils sur les jambes (même si elles en ont en moyenne moins que les hommes). Mais nous, les femmes trans, avons tellement de caractéristiques physiques qui nous semblent trop masculines que nous cherchons souvent à les compenser.
Puis, un an seulement avant de réaliser que j’étais trans, j’ai ressenti une envie encore plus forte de féminiser mon corps. En plus de me reteindre les cheveux en violet, je me suis fait plusieurs jolis tatouages. Là, on parle de changements vraiment irréversibles !

En réalité, je m’étais donc engagée dans des changements irréversibles bien avant de comprendre que j’étais en train de transitionner. Les gens pensent souvent que le traitement hormonal est le premier choix irréversible d’une transition. En pratique, le seul effet véritablement irréversible des hormones est le développement de la poitrine. Les seins ne disparaissent pas lorsqu’on arrête les œstrogènes (les hommes trans aimeraient bien que ce soit le cas !). En revanche, la répartition des graisses et la pilosité finissent progressivement par revenir à leur état d’origine.
Et mon changement de nom dans tout ça ?
C’est là qu’il y a eu à la fois un heureux hasard… et une grosse erreur, qui ont pourtant la même origine.
Lorsque j’ai décidé de changer de prénom, je m’identifiais encore comme non-binaire et je n’avais pas encore compris que j’étais une femme trans. Je cherchais donc un prénom neutre. J’ai regardé des listes de prénoms populaires chez les personnes non-binaires, où l’on trouve par exemple Ash, Sage, Atlas, Quinn… et River. C’est ce dernier qui a particulièrement résonné en moi. Depuis, j’ai rencontré environ quatre autres personnes non-binaires qui s’appellent River, ce qui confirme que c’est un prénom assez répandu dans la communauté trans et non-binaire.
C’est ça, le heureux hasard. Parce que je m’identifiais comme non-binaire, je me suis autorisée à choisir un prénom complètement différent de mon prénom de naissance, au lieu de me sentir obligée de simplement le féminiser pour faciliter les démarches.
Même si je ne m’identifie plus comme non-binaire aujourd’hui, j’adore le prénom River. Il a plusieurs significations particulières pour moi et, surtout, j’ai l’impression qu’il me correspond parfaitement.
Alors où est le problème ?
Le problème est apparu lorsque j’ai dû choisir quoi faire de mon deuxième prénom au moment de mon changement de nom légal. Mon ancien deuxième prénom était un prénom masculin que pratiquement personne ne connaissait, car en France les deuxièmes prénoms n’apparaissent quasiment nulle part en dehors des pièces d’identité (et on peut d’ailleurs en avoir plusieurs).
Je n’avais aucune inspiration pour en inventer un nouveau. Je me suis donc dit : puisque le changement de nom sera probablement compliqué, voire impossible, en France, autant rendre les choses moins confuses au cas où je me retrouverais avec des documents canadiens et français portant des noms différents...
J’ai alors eu cette idée catastrophique : prendre mon deadname comme deuxième prénom.
Pourquoi est-ce une erreur ?
Je pense qu’au départ, j’étais sous la fausse impression que les deuxièmes prénoms n’avaient pas beaucoup d’importance au Canada non plus. Sans doute parce que l’employée de banque qui avait ouvert mon compte était elle-même immigrante et n’avait pas enregistré mon deuxième prénom comme faisant partie de mon nom complet. Et puis, à l’époque, voir mon ancien prénom ne me choquait pas autant qu’aujourd’hui.
Au total, ma procédure de changement de nom a pris cinq mois. Quand j’ai enfin reçu le certificat officiel, j’avais déjà compris que j’étais une femme. Mais il était trop tard. J’ai ensuite mis à jour toutes mes pièces d’identité, mes comptes bancaires et tous les autres organismes, ce qui a propagé ce changement partout.
C’est à ce moment-là que le problème est devenu évident.
River est un prénom neutre. Du coup, lorsque quelqu’un m’appelle « River [deadname] Champeimont », l’ensemble sonne comme un prénom masculin.
Et aujourd’hui que je vis pleinement comme une femme, voir mon deadname masculin apparaître partout me mettait profondémment mal à l'aise. Je ne m’en rendais pas compte au début de ma transition, parce qu’à cette époque mon ancien prénom me semblait encore être le mien. Après plus d’un an à vivre sous le prénom River, ce n’est plus du tout le cas.
Aujourd’hui, ma carte bancaire affiche « River [deadname] Champeimont ». Les e-mails de mes banques commencent par « Bonjour River [deadname] ». Et au téléphone, on me demande parfois : « Est-ce bien River [deadname] ? »
Ce qui me dérange particulièrement, c’est que j’ai l’impression que cela lève toute ambiguïté sur le genre associé au prénom River… mais dans le mauvais sens. Comme si on me disait : « Bonjour River version masculine. »
Que vais-je faire maintenant ?
Dans l’ensemble, cette situation me frustre énormément. Voir mon deadname collé à mon nouveau prénom partout est vraiment pénible. J’ai donc décidé de refaire un changement de nom légal, mais cette fois uniquement pour modifier mon deuxième prénom.
J’ai demandé à mes parents quel prénom ils m’auraient donné si j’étais née fille. Leur réponse a été Adèle. J’aime beaucoup ce prénom et j’ai l’impression que je pourrais vraiment me l'approprier.
C’est donc pour cette raison que j’ai déposé une nouvelle demande de changement de nom, afin que mon nom légal devienne « River Adèle Champeimont ». J’espère que ça marchera !
Ne croyez pas pour autant que cette histoire signifie que je regrette ma transition. Même si je regrette cette erreur en particulier, dans l’ensemble presque toutes les étapes de ma transition ont été une réussite, et ma qualité de vie s’est énormément améliorée grâce à elle.
Maintenant que j’ai découvert ce qu’est la vie après la transition, je n’arrive même plus à imaginer revenir en arrière ! Et la bonne nouvelle, c’est que cette erreur, elle, n’est pas irréversible.
À très bientôt, j’espère cette fois avec de bonnes nouvelles !
Mis à jour le 22 août 2025 : J’ai finalement réussi à changer mon deuxième prénom pour Adèle ! La procédure a pris 5 mois.




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