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Se battre pour son nom

  • Writer: River Champeimont
    River Champeimont
  • Jun 1
  • 6 min read

Updated: 13 hours ago

A cartoon shows a determined young woman wearing a shirt with a transgender symbol. She is pulling on a long chain of papers labeled “deadname,” as if trying to remove a huge pile of outdated documents connected to her former name.

L'un des aspects les plus difficiles et les plus frustrants de ma transition a été de changer de prénom. Non pas à cause de la difficulté juridique (en Ontario, c'est plutôt simple), mais à cause des dizaines d'endroits où je devais le mettre à jour, ainsi que du temps passé à argumenter, appeler des gens et remplir des démarches administratives. Bien que j'aie officiellement changé de prénom en 2024, je me bats encore aujourd'hui pour le faire modifier à certains endroits.


Pour moi, comme pour beaucoup de personnes trans, voir mon deadname est une expérience très négative. Cela me provoque de la dysphorie de genre, car mon deadname est associé au mauvais genre et je ressens donc le même dégoût que lorsque l'on me mégenre.


J'ai fait d'énormes efforts pour changer mon prénom partout, et j'ai compté plus de 60 endroits où il n'est pas lié à mon identité légale et où il s'agit simplement d'un prénom d'usage. Le plus difficile, ce sont les endroits où le prénom utilisé doit être votre nom légal car cela implique beaucoup de démarches administratives pour prouver qu'il a été légalement changé. J'ai compté 22 démarches de ce style.


Citoyenneté

Mais tout d'abord, je voudrais commencer par une grande nouvelle depuis mon dernier article sur ce blog : je suis devenue citoyenne canadienne !


Lors de la demande de citoyenneté, il existe des documents supplémentaires qui permettent de demander directement un certificat de citoyenneté avec son nouveau prénom et son nouveau genre, même si l'on a immigré sous son deadname et avec le mauvais genre. Le jour de la cérémonie de citoyenneté, on m'a donc remis le certificat ci-dessous avec mon véritable prénom et mon véritable genre !


A photograph of part of a Canadian citizenship certificate. The certificate prominently displays the name “River Adèle Champeimont” beneath bilingual English and French headings.

C'est extrêmement important pour moi, car cela me permet enfin d'avoir un passeport avec mon véritable genre et mon véritable prénom !


Jusqu'à présent, lorsque je voyageais à l'international, je devais utiliser mon passeport français. Comme la procédure de changement de nom n'est toujours pas terminée en France (et qu'elle est bien plus compliquée qu'en Ontario), cela faisait que j'étais appelée par mon deadname et mégenrée lors de la réservation des billets et pendant les voyages.


Par exemple, l'e-mail ci-dessous disait : « Chère Madame River Champeimont, vos billets d'avion sont en pièce jointe. » Avant que j'obtienne mon passeport canadien, j'aurais été deadname et mégenrée dans ce type de messages.

A screenshot of an Air France email in French. The message is addressed to “Madame River Champeimont” and says that her airline tickets are attached, using her current name.


Victoires

À de nombreux endroits, les gens ont accepté de changer mon prénom à condition que je fournisse une preuve légale.


Du côté des administrations publiques, j'ai fait modifier mon permis de conduire, ma carte de santé (équivalent de la carte vitale française), mon certificat d'immatriculation (ces trois premiers en une seule fois), mon dossier d'assurance sociale (en ligne), ainsi que pour le système de taxe canadiennes (avec un simple appel).


Du côté des entreprises privées, cela s'est plutôt bien passé avec plusieurs d'entre elles, notamment RBC, PayPal, Alectra Utilities (le fournisseur d'électricité de ma région) et Flying Blue.


À certains endroits, j'ai réussi à faire changer mon prénom, mais j'ai dû énormément insister. Par exemple, j'ai dû effectuer la procédure trois fois auprès d'Aéroplan (le programme de fidélité d'Air Canada), contrairement à son concurrent Flying Blue (Air France), qui a effectué le changement immédiatement.


Des mesures radicales

Ce qui est vraiment agaçant, c'est lorsque les entreprises ne sont pas capables de mettre correctement votre prénom à jour partout. Par exemple, elles le changent à un endroit, mais le changement ne se propage pas partout, et vous continuez à voir votre deadname réapparaître à certains endroits.


Par exemple, Wise (une banque internationale) m'a permis de changer mon deadname, mais a refusé de le modifier dans Interac (système bancaire canadien pour facilement transférer de l'argent) ainsi que dans le « Wisetag » (une sorte d'identifiant unique permettant d'envoyer de l'argent à d'autres clients). En plus, ils proposent une fonctionnalité de prénom d'usage, mais c'est une arnaque ! Le prénom d'usage n'apparaît absolument nulle part, même pas dans l'application, sur la page du profil. Je trouve profondément irrespectueux envers la communauté trans de proposer une fausse fonctionnalité de ce genre.


De la même manière, Bell Canada a bien changé mon prénom sur les factures, mais a continué à m'envoyer des e-mails à mon ancienne adresse contenant mon deadname, alors même que je l'avais changé partout.


De même, ma compagnie d'assurance n'a pas mis mon prénom à jour lorsque je les ai contactés par e-mail.


Pour moi, il était inconcevable que mon deadname reste associé à certains services pour toujours. J'ai donc fermé ces comptes et changé de fournisseur pour les mêmes services. Cela peut sembler être une solution radicale, mais dans mon cas cela en vaut totalement la peine, car j'ai la tranquillité d'esprit de savoir que ces nouveaux services ne m'appelleront jamais par mon deadname, puisqu'ils ne l'ont tout simplement jamais connu. C'est pourquoi, pour tous les services mentionnés ci-dessus, je suis passée chez des concurrents (de Wise à Amex, de Bell à Telus, d'Aaxel à Desjardins et Belair).


Quand on est piégé.e

À l'inverse, il existe des situations où l'on ne peut pas simplement fermer son compte. J'ai vécu une immense frustration avec les agences d'évaluation du crédit au Canada, Equifax et TransUnion. Ce sont des entreprises privées, mais en pratique elles sont en situation d'oligopole, et il est impossible de se passer de leurs services.


Equifax a accepté de changer mon prénom et a mis mon dossier de crédit à jour en 2025. Mais lorsque j'ai eu l'idée de vérifier mon dossier en 2026, j'ai découvert qu'ils avaient remis mon deadname ! Mon vrai prénom apparaît simplement dans le champ « AKA » comme nom secondaire, tandis que mon deadname est de nouveau utilisé comme nom complet ainsi que dans le titre du rapport !


Tout aussi grave, leur concurrent TransUnion a tout simplement refusé de mettre mon prénom à jour en 2025, au motif que mon vrai prénom figurait déjà dans la section « AKA ». Ils semblent donc considérer qu'il est parfaitement acceptable que mon deadname apparaisse comme « nom complet » et dans le titre du rapport...


Les agences d'évaluation du crédit cumulent le pire des deux mondes. Les administrations publiques sont parfois lentes, mais au moins elles respectent mon droit légal de changer de nom. Les entreprises privées, elles, peuvent refuser, mais je peux toujours mettre fin au service. En revanche, les agences de crédit sont un oligopole : il est impossible de « fermer son compte », et elles ne respectent pas mes droits comme le feraient généralement les institutions publiques au Canada (ServiceOntario, IRCC, l'ARC, etc.).


Ma bibliographie scientifique

Enfin, j'essaie de faire changer mon prénom sur mes publications scientifiques, et j'ai contacté toutes les revues dans lesquelles j'ai publié. Jusqu'à présent, seules 2 des 7 ont répondu et accepté de modifier mon prénom. J'ai également réussi à le changer sur mon manuscrit de thèse :


A photograph of the cover page of a bound doctoral thesis from Pierre and Marie Curie University (now part of Sorbonne University). The cover is in French and lists the field as Computer Science. The author’s name, “River Champeimont,” appears prominently in the center, above text stating that the thesis was submitted for the degree of Doctor of Pierre and Marie Curie University.


Astuces

Lorsqu'il n'y a aucun moyen de changer mon prénom à certains endroits, par exemple sur le site des impôts français (puisque mon nom légal n'a pas encore été changé en France), j'utilise une extension de navigateur qui remplace visuellement mon deadname par mon véritable prénom.


Dans mes e-mails, j'ai ajouté un filtre qui étiquette les messages contenant mon deadname avec un label rouge « deadname » afin de m'avertir (un peu comme un avertissement de contenu), mais aussi parce que cela m'aide à repérer les endroits où je dois encore faire changer mon prénom.


Les joies de personnes trans

Parfois, la joie vient du fait de s'inscrire à un nouveau service ou à une nouvelle organisation et d'y avoir son véritable prénom dès le départ, sans craindre que son deadname soit caché quelque part dans leur système et finisse par réapparaître un jour. J'ai découvert que j'aimais beaucoup voir mon prénom apparaître à différents endroits, parce que j'ai l'impression que c'est mon véritable moi qui est célébré. Avant, j'essayais au contraire de me cacher, parce que c'était une version factice de moi qui était célébrée (par exemple, je ne suis jamais allée à ma cérémonie de remise de diplôme de doctorat).



Les prochaines étapes

Mes prochaines étapes seront probablement de faire changer mon prénom à différents endroits en France, de reprendre le combat avec les agences d'évaluation du crédit, et d'essayer d'obtenir la mise à jour de mes publications scientifiques. À bientôt !

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