• Raphaël Champeimont

Témoignage d’un ex-communiste

Je re-publie ici un article que j’avais écrit en 2012 et qui avait été publié dans le recueil Libres !! écrit par 100 auteurs différents. Bien que ma pensée ait un peu évolué depuis, car je me définis maintenant comme libéral modéré, je suis globalement d’accord avec les affirmations que le moi du passé a écrit dans cet article.

« L’économie de marché n’a pas besoin d’apologistes ni de propagandistes. (...) Si vous cherchez son monument, regardez autour de vous. » – Ludwig von Mises


Je n’ai pas toujours été libertarien, ni même libéral. Mes toutes premières idées politiques étaient même à l’extrême opposé, puisque de moi-même je suis passé de communiste à socialiste, puis de libéral modéré à libertarien.


Les raisons de mon évolution peuvent être regroupées en trois catégories : la découverte de la philosophie libérale, la découverte de la science économique et enfin mon expérience en tant que conseiller municipal dans une petite commune. Je relate une réflexion qui a en réalité duré plusieurs années, mais simplifiée ici pour donner les grandes lignes.


Quand je n’étais (pas du tout) libéral

Avant de découvrir la philosophie libérale, j’étais convaincu que le monde était partagé entre des idéalistes, les communistes, qui proposent un monde moral mais dont on ignore s’il est réalisable, et les libéraux ou capitalistes, qui proposent un monde réalisable fait d’hommes égoïstes, mais dénué de toute morale. Les socialistes étaient simplement l’intermédiaire entre ces deux extrêmes.


Bien sûr, un certain nombre de questions étaient pour moi sans réponse : Si chacun doit recevoir un salaire « juste », qui va décider combien cela représente ? Si ce sont des gens élus par une majorité, ne seront-ils pas tentés d’utiliser la démagogie en prônant des salaires injustes ? Si tous les salaires sont égaux, personne ne voudra faire les métiers pénibles, il faut donc des différences de salaires. Mais si un trop grand nombre de gens veulent faire un métier plutôt qu’un autre, qui va décider qui fait quoi et selon quels critères ?


Je n’avais aucune réponse à toutes ces questions, à part supposer qu’une immense machinerie administrative allait s’occuper de tout cela. Et en toute honnêteté, car dirigée par des élus choisis par le peuple. Pas sûr que ça marche vraiment... mais si c’est la seule société morale possible, ne faut-il pas essayer malgré tout ?


À la découverte de l’économie

À cette époque, je n’avais aucune connaissance en économie, discipline qui ne m’intéressait pas car je pensais que tous les économistes était libéraux (or c’est loin d’être le cas). Mais comme je ne voulais pas qu’on puisse me reprocher d’avoir un point de vue ne reposant sur aucun savoir, j’ai fini par me décider à apprendre l’économie. J’ai donc lu un certain nombre d’ouvrages libéraux. [1] [2] [3] [4] [5] J’ai alors compris à quel point nous devons tout ce que nous avons à l’économie de libre marché. Un grand nombre de choses se « règlent » sans qu’un chef ait besoin d’imposer une planification, simplement par les interactions libres entre individus (ce qu’on appelle la « main invisible »).


Une raison importante qui m’a amené à considérer l’économie de marché comme étant la meilleure tient à ce qu’elle assure bien mieux l’innovation qu’une économie planifiée par l’État. Pensez à toutes les technologies dont nous bénéficions aujourd’hui (l’électricité, le téléphone, l’automobile, l’avion...). Qui aurait pu prédire au début qu’elles fonctionneraient ? La plupart des inventions ne sont pas reconnues comme intéressantes immédiatement par une majorité. Elles sont d’abord adoptées par quelques personnes intéressées, puis seuls quelques riches peuvent se les procurer. Ensuite seulement les investissements sont rentabilisés et l’invention finit par être disponible pour tous. Mais dans le cas d’une économie planifiée, il aurait fallu convaincre les élus, autrement dit il aurait fallu convaincre la majorité dès le début. Peu d’innovations auraient pu avoir lieu avec un tel système.


Enfin, une véritable révélation a été pour moi la lecture de Capitalisme et Liberté de Milton Friedman. [3] Je croyais à l’époque que la société idéale serait une économie socialiste (gérée par l’État) mais dans un pays garantissant la liberté individuelle (liberté d’expression, de voyager, etc.). Remarquez que cette combinaison ne s’est jamais produite. On connaît bien sûr des dictatures communistes (URSS, Corée du Nord, Cuba...), des pays libres capitalistes (États-Unis, Suisse, etc.) et des dictatures capitalistes (Arabie saoudite, Kazakhstan...) mais aucun pays libre communiste. Dès la première page, Milton Friedman explique qu’un régime communiste libre est tout simplement impossible, car la liberté économique est indispensable à la liberté tout court. La liberté économique, c’est la liberté d’imprimer un journal (et de fonder une imprimerie), de travailler avec qui on souhaite pour faire le métier de son choix, d’acheter un billet d’avion pour faire le tour du monde... Si l’État contrôle toute l’économie, il contrôle toute notre vie.


La philosophie libérale

Avant de découvrir la philosophie libérale, j’avais toujours cru que la liberté ne pouvait pas vraiment exister, car si tout le monde était libre, tout le monde pourrait aussi s’emparer des biens des autres, tuer, violer, etc. Et que donc la liberté devait être limitée. Je pensais également que la propriété était une notion vague et n’était donc justifiée que dans la mesure où elle servait « l’intérêt général », mais n’était pas un droit fondamental. Ce sont là deux grandes erreurs des socialistes. J’ai alors découvert la philosophie libérale, qui donne une définition cohérente et claire de la véritable liberté, sans conduire à des absurdités comme « la liberté de tuer », « la liberté de voler », etc. Cette philosophie donne également une définition claire de la propriété : je suis propriétaire de ce que je crée et de ce que j’échange avec des personnes consentantes.


La philosophie libérale donne donc une définition claire des droits de l’homme que sont la vie, la liberté et la propriété. J’ai découvert cette philosophie énoncée clairement, comme beaucoup, dans L‘éthique de la liberté, de Murray Rothbard. [6]


Conclusion

Pour résumer, voilà les raisons qui m’ont convaincu de la justesse des idées libertariennes. Le capitalisme libéral est le seul système social qui permette d’assurer des rapports moraux entre les hommes parce qu’il est le seul système basé sur des droits légitimes et qu’il est cohérent avec la nature humaine.


Références

[1] Cécile Philippe, C'est trop tard pour la Terre, Jean-Claude Lattès, 2007

[2] Adam Smith, Recherche sur les causes et la nature de la richesse des nations, Flammarion, 1999

[3] Milton Friedman, Capitalisme et Liberté, Leduc S., 2010

[4] Pascal Salin, Libéralisme, Éditions Odile Jacob, 2000

[5] Ludwig von Mises, Human Action, Martino Fine Books, 2010

[6] Murray Rothbard, L'éthique de la liberté, Les Belles Lettres, 2011

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