• Raphaël Champeimont

La Chine a-t-elle menti sur ses cas de COVID ?

D’après les chiffres officiels, il semble qu'il y ait eu très peu de cas de COVID en Chine. Cependant, l’analyse des échantillons de sang prélevés au cours de la pandémie révèle une histoire très différente.

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Les chiffres officiels

En regardant les données sur les cas de coronavirus dans le monde, par exemple sur Bloomberg, nous pouvons voir quelque chose comme ceci :

Capture d'écran de https://www.bloomberg.com/graphics/2020-coronavirus-cases-world-map/ prise le 10 décembre 2020

Quand on regarde ces chiffres, la première réaction qu’on pourrait avoir est « La Chine est super efficace, avec même 20 fois moins de cas par personne que le Japon ! » Mais nous allons voir qu’il est possible d’avoir des doutes légitimes sur ces résultats exceptionnels.


Le nombre de cas par million de personnes peut être biaisé par deux facteurs :

  • La disponibilité des tests : Si on ne fait pas de tests, on ne trouve pas de cas.

  • L'honnêteté du gouvernement : nous comptons sur les gouvernements pour rapporter le nombre de cas, de sorte qu'un gouvernement malhonnête peut simplement rapporter des données faussées. Notez ici que s'il est autoritaire (comme la Chine), il est plus facile pour eux de communiquer de fausses données puisque la population ne sera pas autorisée à dire au monde que le gouvernement ment.


Le secret des échantillons de sang

Il pourrait sembler ici que nous ne pouvons rien savoir avec certitude et que nous devons simplement faire confiance aux gouvernements. Il existe cependant un moyen d’avoir des informations impartiales. Il est possible d'analyser des échantillons de sang qui ont été faits pendant la pandémie pour d'autres raisons que les tests COVID, et voir si nous trouvons des anticorps contre le coronavirus. En utilisant ces données, nous pouvons estimer rétroactivement le nombre de cas de coronavirus lors de la première vague de la pandémie. Dans l'édition du 26 septembre 2020, The Economist a présenté une telle étude. La méthode qu'ils ont utilisée est très transparente et toutes les données ainsi que le code source sont disponibles.


Voilà le graphique qui montre le nombre de cas estimés avec cette méthode :


Nombre de nouveaux cas de coronavirus estimé à partir d'échantillons sanguins

Comparons ces résultats aux chiffres officiels après la première vague en Europe et aux États-Unis. Voici les chiffres rapportés le 28 mai 2020 :

Nombre de cas de COVID communiqués par les gouvernements, le 28 mai 2020

Ne trouvez-vous pas qu'il y a une différence frappante ? Dans les chiffres officiels, les États-Unis apparaissent comme le pire pays du monde avec 1,7 million de cas, bien plus que tous les autres. Cependant, dans l'estimation basée sur les échantillons de sang, il y avait en fait plus de cas en Chine qu'aux États-Unis lors de la première vague. Cela contredit les chiffres officiels selon lesquels il y aurait eu 20 fois plus de cas aux États-Unis qu'en Chine. Dans l'estimation, on peut voir qu'il y a plus d'un million de cas par jour en Chine au plus fort de la vague en février, alors que les chiffres officiels chinois ne signalent qu'un total de 83 000 cas. Comment peut-il y avoir moins de 100 000 personnes infectées au total alors qu'il y avait déjà un million de personnes infectées chaque jour en février ?


Je ne dis pas que le gouvernement chinois a forcément délibérément menti sur le nombre de cas. Au début de la pandémie, les tests n'étaient pas largement disponibles et il est tout à fait possible qu'ils n'aient tout simplement pas testé suffisamment de personnes. Cependant, la conclusion importante, c'est que les chiffres officiels du nombre de cas sont trompeurs lorsque l'on compare les pays.


Une sous-estimation massive

En creusant davantage, les scientifiques ont pu calculer à quel point chaque pays sous-estimait le nombre de cas. Ils constatent par exemple que le nombre réel de cas aux États-Unis est 7 fois plus élevé que le nombre de cas signalés ! Cela peut sembler énorme mais se comprend car toutes les personnes infectées par le virus ne sont pas testées. Mais plus surprenant encore, un nombre de cas réels “seulement” 7 fois plus élevé que les chiffres annoncés est en fait un très bon résultat comparé aux autres pays ! Comparez-le à l'Angleterre (14 x), l'Espagne (10 x), la Suède (17 x) ou la Russie (27 x). Les pays moins développés obtiennent des facteurs de sous-estimation encore plus massifs, par exemple l'Inde (271 x) et le Nigéria (1 595 x). Pour résumer, l'une des raisons pour lesquelles le nombre total de cas aux États-Unis dans la première vague est si élevé est parce que c'est l'un des chiffres les plus honnêtes et les plus précis.


Je ne prétends pas que les États-Unis ont fait la meilleure gestion de la pandémie au monde, loin de là. Certains pays ont eu nettement plus de succès, comme le Japon, la Corée du Sud ou Taiwan. On pourrait répondre que c’est à cause de différences culturelles, d'âge de la population ou de facteurs génétiques, mais en fait même certains pays occidentaux comme l'Allemagne ont de meilleurs résultats que les États-Unis. Néanmoins, je pense que nous devrions être très critiques lorsque nous examinons les données qui montrent que la Chine a eu la meilleure gestion de la pandémie au monde.


Pour finir, regardons l’épidémie au niveau mondial. Ces données venant des échantillons de sang suggèrent que le nombre de personnes qui ont contracté le virus dans le monde se situe entre 500 millions et 730 millions (en septembre), bien au-dessus du nombre total officiel d'environ 70 millions de cas (même maintenant en décembre). Il semble donc qu'au niveau mondial, on sous-estime le nombre de cas d'un facteur 10 environ.


Et vous, qu'en pensez-vous ? N'hésitez pas à donner votre avis ou à citer d'autres sources.

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